jeudi 8 juin 2017

présentation des AG FLM et CMER

Voici deux vidéos de présentation des deux grandes assemblées qui ont lieu en 2017 : l'Assemblée générale de la Fédération luthérienne mondiale, qui s'est tenue à Windhoek, Namibie, du 10 au 16 mai,

Et celle de la Communion mondiale des Eglises réformées, qui se prépare à Leipzig, du 29 juin au 7 juillet.


On notera qu'entre les deux, nous nous sommes équipés d'un éclairage digne de ce nom ! 😉

Pour en savoir plus, n'hésitez pas à aller voir le blog http://dewindhoekawittenberg.blogspot.fr/. Je publie plus souvent sur ce blog là que sur celui-ci, en ce moment...  

mercredi 3 mai 2017

Assemblée générale de la FLM

Je pars lundi pour l'assemblée générale de la Fédération luthérienne mondiale. Celle-ci se déroulera du 10 au 16 mai à Windhoek, en Namibie. Je partagerai avec vous mes impressions de cette expérience sur le blog "De Windhoek à Wittenberg", que je vais partager avec les autres délégués français à Windhoek.

Ce blog servira aussi aux délégués français à l'assemblée générale de la Communion mondiale des Églises réformées, qui se tiendra à Leipzig (et Wittenberg et Berlin) du 29 juin au 7 juillet, pour qu'ils partagent leur expérience de cet autre événement international marquant de l'année 2017. 

Bonne lecture !

vendredi 21 avril 2017

"L'Empire" contre-attaque

Logo de l'assemblée générale 2017 de la CMER
La notion d' "Empire" vous semble dater ? Pour vous, elle fleure bon l'exégèse historico-critique (le travail théologique sur le contexte dans lequel a été écrite la Bible et sur l'histoire de sa rédaction), ou l'histoire géo-politique (avec les empires romain, ottoman ou britannique, pour n'en citer que quelques uns au hasard) ? Il est grand temps de vous remettre à jour en matière de théologie réformée ! 

En effet, depuis quelques temps, et en particulier depuis la Confession d'Accra en 2004, la notion d'Empire revient au gout du jour dans les milieux réformés et œcuméniques mondiaux. Je vous invite d'ailleurs à lire l'article "Empire" de Philip Peacock, dans le livret de préparation en prière de la prochaine assemblée générale de la Communion mondiale des Églises réformées (téléchargeable sur son site). 

Disons-le tout de suite, je n'adhère pas à tous ce qui est dit dans cet article, mais je pense qu'il est important de le lire pour comprendre la grille de lecture de l'état du monde qu'utilisent un certain nombre d’Églises du Sud. Au-delà des tics de langage, au-delà d'une critique trop simpliste de l'économie de marché et d'une désignation du "complexe militaro-industriel" (sic) comme le grand manipulateur mondial, ce qui me semble caricatural, cette notion a des choses à nous dire.

l'Empire, nous dit l'article, est un concept post-colonial, un outil herméneutique permettant de dénoncer la dynamique de pouvoir dans laquelle nous sommes englués sans toujours nous en rendre compte, un symbole qui aide à comprendre l'état actuel du monde. Ce concept désigne une concentration de pouvoirs de nature différente, une logique de domination qui se présente comme une forme de bon sens, un système englobant et une structure qui s'adaptent perpétuellement et s'imposent jusqu'à devenir un système de pensée, empêchant toute remise en question.

Cette notion d'Empire, me parle pour deux raisons, elle rejoint deux problématiques qui me travaillent actuellement :
- Tout d'abord, elle résonne avec la notion de "système technicien" que dénonce Ellul. Elle se pare des attributs du bon sens (ces "lieux communs" qu'Ellul décortique dans Exégèse des nouveaux lieux communs), de l'efficacité et de la technicité qui nous pousse à faire confiance à des experts pour prendre en charge notre organisation sociale, nos productions, notre responsabilité politique, notre vie intime parfois même, jusqu'à nous conditionner, nous faire penser que c'est mieux comme ça, plus simple et plus reposant, et à nous déresponsabiliser des conséquences de cette délégation. La notion d'Empire vient ici comme un aiguillon nous réveiller de notre torpeur en nous rappelant que choisir le confort et/ou le mode de vie dominant, c'est encore faire un choix (et non une nécessité qui ferait force de loi). Dans un système où la technique s'entretient et se développe elle-même sans fin si elle n'est pas interrogée, neutralité vaut acquiescement. La notion d'Empire nous rappelle notre appartenance au système, notre responsabilité, quitte à nous déranger, à nous faire culpabiliser ou à nous décourager face à notre impuissance à proposer une alternative...

- Ensuite, elle résonne avec la réflexion de Michael Walzer sur les sphères de justice : l'Empire tel que conceptualisé ici est une concentration de pouvoirs de nature différente, et c'est cette concentration qui rend le pouvoir abusif, qui crée l'impérialisme dont nous parlons ici. De son côté, Walzer montre que la question de la justice ne peut pas être traitée par une égalité simple, car elle n'est pas qu'une question de répartition de biens, mais aussi de status, de réputation, etc..

Tout être humain interagit avec d'autres, échange des biens et des services, etc. Si on peut répartir les biens matériels équitablement à un instant "t", à l'instant "t+1", la répartition sera déjà différente car les besoins ou les stratégies des uns et des autres auront déjà entrainé des échanges et donc recréé de l'inégalité, les parcours auront déjà commencé à se différencier, et certains parcours amèneront à la réussite, d'autres à l'appauvrissement, bref, à une nouvelle situation d'inégalité...

De plus, il existe des inégalités "symboliques", par exemple selon le niveau de formation ou le statut social, ou selon qu'on est connu ou pas (célébrité), selon qu'on est citoyen ou résident avec ou sans papiers, etc. Bref, la question de la justice ne peut être abordée que de façon pluraliste, dans chacun de ces domaines (que Walzer appelle des "sphères de justice"). Chacun des domaines a son critère de répartition : l'argent pour la sphère économique, la piété pour la sphère religieuse, le mérite pour la sphère de la reconnaissance sociale, etc.

Pour Walzer, pour traiter la question de la justice, il faut distinguer les différentes sphères, les différents critères de répartition ; et même s'il y a un critère qui prédomine dans la société, il ne doit pas devenir hégémonique. Pour prendre un exemple : s'il est possible et acceptable - dans une certaine mesure - que certains aient plus d'argent que d'autres (le critère prédominant aujourd'hui en occident est l'argent), il est moins acceptable qu'avoir plus d'argent donne des droits dans d'autres domaines, par exemple des titres honorifiques (qui devraient être attribués selon le mérite et non selon la richesse d'une personne), ou de meilleurs soins médicaux (qui devraient être attribués selon la gravité de la maladie, et équitablement entre les patients au même degré de gravité, peu importe leur richesse). Les critères prédominants et les règles de répartition changent selon les périodes et les cultures, mais toujours, le sentiment d'injustice explose lorsqu'il y a collusion entre les différentes sphères.

La collusion de pouvoirs de natures différentes, qui rend les sphères trop poreuses et permet à ceux qui ont de l'argent et/ou le pouvoir de s'arroger des droits dans d'autres sphères que celles de l'économie ou du pouvoir est justement ce qui est dénoncé dans la notion d'Empire. Je pense que nous avons à entendre cela. Et il me semble que les Églises pourraient jouer un rôle pour mieux distinguer les sphères de justice (même s'il n'est jamais possible de les séparer complètement) et pour revaloriser la reconnaissance symbolique des personnes, par la mise en avant d'autres critères de répartition que celui de l'argent.

Claire Sixt Gateuille

lundi 27 mars 2017

Les réformés européens se préparent pour Leizig

Mutterhaus, ancienne maison de diaconesses à Düsseldorf
Vendredi, j'étais à Düsseldorf pour la rencontre de la CMER-Europe. Pour ceux qui sont peu familiers avec les innombrables sigles de nos relations internationales, la CMER est la Communion mondiale des Églises réformées ; sa région Europe se réunissait le 24 mars pour parler de l'assemblée générale qui aura lieu à Leipzig du 29 juin au 6 juillet. 

Nous étions accueillis à l’hôtel Mutterhaus, ancienne maison de diaconesses, aujourd'hui hôtel 4 étoiles avec plusieurs salles de conférences, mais toujours rattaché au diaconat de Kaiserswerth. Le directeur est venu nous présenter son histoire et l'ampleur des missions du diaconat (de l'enseignement au centre hospitalier, en passant par l'action sociale et l'accompagnement de migrants). 

Nous avons passé la matinée à discerner des candidats à présenter pour le comité exécutif qui sera élu à l'assemblée. Tous les candidats présentés par les Églises européennes sont de grande valeur, et les questions d'équilibres hommes/femmes, laïcs/ordonnés, - de 30 ans/+ de 30 ans seront probablement ce qui fera pencher la balance pour les uns ou les autres...

L'après-midi, Hanns Lessing, coordinateur de l'Assemblée générale, a présenté le programme et la méthode de travail de l'assemblée. La méthode envisagée semble très intéressante : le processus de décision par consensus, déjà adopté par le Conseil oecuménique des Eglises, sera ici complété par de nombreuses séances de travail en petits groupes, de façon à ce que chacun ait l'espace de s'exprimer, sans être freiné par le manque de temps, la timidité ou les problèmes linguistiques. les animateurs et rapporteurs des groupes auront donc un rôle important pour tirer la quintessence des débats en petits groupes et faire remonter l'essentiel de ce qui aura été partagé. Pour en savoir plus sur le processus de décision par consensus, voir mon article sur le blog des délégués français à l'assemblée du COE à Busan en 2013.

La méthode adoptée par la CMER pour s'associer à la Déclaration jointe sur la doctrine de la justification, signée en 1999 par les catholiques romains et les luthériens, a été questionnée (mais pas l'association elle-même). En effet, certaines Églises ont exprimé leur désaccord sur cette association, et de nombreuses autres n'ont pas répondu (5/6 des Églises membres ; les Églises ayant répondu sont très majoritairement européennes ou nord-américaines) ; cette association ne risque-t-elle pas de signifier une rupture de communion pour les Églises s'y opposant ? Un choix basé sur si peu de réponses n'est-il pas prématuré ? Bref, il a été exprimé l'importance pour les Églises qui y sont opposées de pouvoir exprimer leur position dans le texte même de la déclaration d'association.

Nos deux déléguées à l'Assemblée auront un programme chargé, du 28 juin au 7 juillet. Nous créerons probablement un blog pour partager nos impressions des deux assemblées mondiales de l'année, l'autre étant celle de la fédération mondiale, à laquelle je participerai, du 10 au 16 mai, à Windhoek, Namibie.
Claire Sixt Gateuille


lundi 6 mars 2017

Quel carème ?

Croix du Nivolet (c) www.chambery-tourisme.com
Depuis mercredi dernier, nous sommes entrés dans la période liturgique du carême, les 40 jours qui précèdent Pâques. Un temps d'attente, de méditation de la passion, de réflexion sur la condition humaine, sur le don de la vie, sur la mort aussi. 40 jours pour se préparer à accueillir le Christ ressuscité.

Le carême n'est pas une tradition réformée. Les premiers réformés pensaient qu'il fallait mettre la croix et la résurrection au centre de notre vie tous les jours, qu'elle était célébrée tous les dimanches et que les sacrifices personnels du carême étaient une façon de se justifier soi-même, qu'ils portaient le risque d'en venir à croire que nos efforts pourraient "acheter" notre salut, ou nous en rapprocher, au lieu de compter sur la grâce seule. Le piétisme puis l’œcuménisme nous font aujourd'hui redécouvrir les vertus du carême, comme temps de préparation intérieure, de prise de recul ou de changement de regard sur nous-même, de conversion, de réengagement dans la communauté humaine.

De nombreuses propositions nous sont faites pour ces 40 jours ; je n'en noterai ici que quelques unes en lien avec mes préoccupations (merci Jane Stranz de m'avoir transmis quelques pistes) : 
- Une réflexion sur l'eau, avec le Conseil œcuménique des Églises et le réseau œcuménique de l'eau (ROE), avec une méditation biblique par semaine : cliquer ici 
- un calendrier pour cheminer avec ses 5 sens et voyager dans le monde à la rencontre des petits producteurs agricoles (par Pain pour le prochain et Action de Carême, en Suisse) : cliquer ici 
- et bien sûr les conférences de Carême, qui portent cette année sur les Psaumes, à écouter (ou réécouter) au fur et à mesure sur France Culture.
- On peut compléter sur les psaumes avec des réflexions, des playlists (sélection de chansons, ici en lien avec le psaume du jour) et même parfois des vidéos grâce à Théotop.  
- Vous pouvez aussi tout simplement lire un Évangile durant ces quarante jours, par exemple Marc, conçu comme une grande montée vers Jérusalem et vers la croix, cela aide à se remettre en perspective... 
- Cette année étant la dernière avant très longtemps que nous avons une date de Pâques commune avec les orthodoxes, c'est aussi le moment de réfléchir à comment annoncer ensemble la résurrection.

Bon Carême ! 
Claire Sixt Gateuille
  
 

vendredi 10 février 2017

De l'utilité des rapports annuels...

Je suis actuellement dans une phase pas toujours drôle mais néanmoins essentielle et parfois très enrichissante de mon travail : la phase de collecte, correction (et parfois co-rédaction), traduction en anglais des rapports annuels de nos projets missionnaires soutenus par un organisme missionnaire norvégien. Ces rapports sont avant tout, il faut bien le dire, des démarches administratives, donc quelque chose d'un peu ennuyeux.

Implantation d’Église à Créteil
Mais ils sont aussi l'occasion de voir des projets avancer, de pouvoir évaluer les fruits d'initiatives missionnaires qui avancent, parfois laborieusement, parfois joyeusement. Dans certains cas (quand les rapports ne sont pas assez détaillés, par exemple), ils sont l'occasion de discuter avec les acteurs de terrain, de les aider à prendre de la distance par rapport à leur action quotidienne pour faire un bilan d'étape et prendre conscience des bénédictions qu'ils ont reçues dans leur mission, des remises en question auxquelles ils sont confrontés, des fruits qui s'épanouissent sur leur chemin. 

Je découvre des prises de conscience, des choix qui reconfigurent des Églises locales ou régionales, des développements inattendus, des frilosités transformées en enthousiasme sous l'action de l'Esprit. Je découvre des personnes engagées, prêtes à reconnaitre leur limites, qui comptent sur Dieu pour les guider et les inspirer. Je découvre des jeunes valorisés, des passants accueillis, des groupes fraternels, des occasions de se réjouir, etc. 

Et alors, au delà d'un rapport d'activité, je vois l'Esprit souffler où il veut, des gens être relevés, des coeurs touchés, des fraternités se tisser, la Parole être menée aux paroles. Finalement, des documents administratifs se transforment en beaux témoignages. Et cela donne sens à cette tache un peu ingrate, je rends grâce pour toutes ses personnes engagées et pour ce qu'ils arrivent à réaliser avec l'aide de Dieu. Et mon travail se transforme peu à peu en louange...

Claire Sixt Gateuille

mardi 24 janvier 2017

Moteur intérieur

Janvier : le mois de mon retour au bureau. Je dois avouer que l'organisation à mettre en place pour tout gérer m'a un peu angoissé... mais finalement, ça se passe "pas si mal"... La vraie question pour tenir dans le temps, ce n'est pas pour moi celle de l'organisation, c'est celle du moteur intérieur : c'est comment concilier mes responsabilités liées au ministère, ma vie de famille trépidante avec deux enfants dont un de 6 mois, tout en gardant de l'espace et du temps pour être nourrie spirituellement ? Je pense à ce qu'on dit de Luther, que lorsqu'il avait beaucoup de choses à faire dans la journée, il devait prendre plus de temps pour prier et méditer les écritures le matin. 

Prendre plus de temps pour prier... En décembre, j'ai reçu une petite carte : "Fraternité spirituelle des Veilleurs, carte d'observant". Comme chaque année, le moment de signer cette carte a été pour moi l'occasion de réfléchir à cet engagement de nourrir quotidiennement ma foi en priant trois fois par jour, en récitant les béatitudes à midi et en allant au culte le week-end dans la mesure du possible, ainsi qu'en essayant de vivre ces trois mots d'ordre : Joie, Simplicité, Miséricorde. 

Cet engagement que j'ai pris il y a déjà plus de dix ans, je n'arrive toujours pas vraiment à le tenir... Et pourtant, je le re-signe chaque année, à cause de cette promesse : "Mon amour te suffit. Ma puissance se montre vraiment quand tu es faible" (2 Co 12.9). Je ne suis pas une stakhanoviste de la vie spirituelle. Je ne la pratique pas comme on pratique le "développement intérieur", pour m'améliorer. Je la vis pour la rencontre avec celui qui m'appelle, me bénit et m'envoie. Je la vis pour retrouver et me rappeler ce qui donne sens à ma vie, pour laisser raisonner en moi l'appel de Dieu. Je prends du temps pour la nourrir parce que j'en ai besoin, tout simplement. Quand je me laisse déborder, je finis toujours par y revenir, parce que c'est le seul moyen que j'ai pour me ressourcer et tenir sur la distance. Pour continuer à être (à essayer d'être) constructive, ouverte, à l'écoute des autres et disponible au Saint Esprit. Pour laisser en moi se développer les fruits de l'esprit... 

Cette année, j'ai eu envie d'approfondir un peu les choses, et je suis remontée à la source du mouvement. Je suis entrée dans l'année 2017 en lisant "Silence et prière", écrit par le fondateur de la fraternité des Veilleurs, Wilfred Monod, en 1909. J'ai découvert dans ce livre un véritable accompagnement à s'ouvrir à la présence de Dieu dans notre vie. Avec un vocabulaire un peu désuet, et des chapitres courts, très efficaces, c'est un bon outil pour retrouver l'essentiel. Si vous trouvez ce livre dans un coin de bibliothèque paroissiale, n'hésitez pas à vous y plonger !

Claire Sixt Gateuille

P.S.: attention à ne pas confondre la "Fraternité spirituelle des veilleurs", fondée en 1923 par le pasteur Wilfred Monod, avec "les Veilleurs", ce mouvement de protestation né dans le sillage des manifestations contre le mariage pour tous en 2013.