jeudi 18 décembre 2014

Un monastère éphémère


Croix à Busan (c) Dina Rajohns
Le "patrimoine monastique" comme source d'inspiration 
La spiritualité monastique recèle des trésors qui peuvent encore parler à nos contemporains. J'en veux pour preuve le développement d'activités qui s'appuient sur des traditions spirituelles nées dans des monastères (exercices ignaciens, lectio divina, contemplation ou adoration, prière des heures, etc.) ou même des lieux de vie communautaire (comme le séminaire de Finkenwalde que Bonhoeffer a dirigé et dont l'expérience lui a inspiré le livre De la Vie communautaire).

Je vois poindre deux types de nouvelles pratiques, liées aux deux types de monachisme : 
- le monachisme érémitique, qui met en avant le retrait pour se consacrer à Dieu, inspire plutôt le phénomène des retraites spirituelles, aujourd'hui en plein essor. On peut d'ailleurs noter que les retraites spirituelles aujourd'hui sont loin d'être toutes organisées par les Églises ou les ordres monastiques institués.
- le monachisme cénobite, qui met en avant la vie communautaire sous le regard de Dieu, inspire plutôt le phénomène de formations de petits groupes qui se retrouvent régulièrement pour se soutenir dans la prière, l'écoute réciproque et le partage sur le quotidien, l'encouragement mutuel à être fidèles à Dieu (selon une vision de cette fidélité qui est à la base de la formation du groupe). On peut trouver là des groupes de maison, des communautés nouvelles, des fresh expressions of Church... et des groupes plus informels qui ne sont soutenus par aucune institution.

La spiritualité comme "épaisseur de la vie"
Comment marier aujourd'hui rythme de vie trépidant (en particulier quand on a des enfants), profession épanouissante mais chronophage et besoin d'une spiritualité profonde et nourrissante ? 
On ne veut plus aujourd'hui choisir entre vivre sa foi pleinement et vivre dans le monde. Entre autres car le centre de nos préoccupations s'est déplacé de la vie éternelle vue comme l'au-delà à la vie en plénitude, offerte dès aujourd'hui, dans laquelle la foi donne sens, profondeur, densité, "épaisseur" à nos vies. 

La communion avec Jésus-Christ ne se vit plus (ou rarement) sur le mode de la souffrance ici pour avoir la plénitude après (comme Jésus-Christ, fils du Dieu incarné, a vécu son chemin de croix sur la terre avant de connaître la gloire dans le ciel, selon cette logique) ni sur le mode de la "performance spirituelle" qui essaierait de nous détacher des réalités du monde, soit par la privation (ascétisme) soit par l'élévation dans une connaissance supérieure (gnostique). 

Elle se vit plutôt sur le mode d'une "résistance à la réalité" où la foi affirme la présence continue du Christ à nos côtés malgré son absence apparente ; cette présence est manifestée de façon très diverse suivant les traditions spirituelles ou confessionnelles (par du ressenti ou par l'engagement des chrétiens dans le monde, sous forme d'émotion, de rite(s), de paroles qui changent notre regard sur le monde, de gestes prophétiques, d'attitudes ou "fruits de l'esprit", etc.). Cette résistance à la réalité, qui risque de s'émousser face à l'expérience du quotidien, a besoin d'être entretenue, soit par temps forts, soit par petites touches.

De l'ermite au retraitant  
Alors, comment marier vie dans le monde et spiritualité profonde ? La première réponse, la plus répandue chez les jeunes, est la suivante : en prenant du temps pour soi, non pas un petit peu chaque jour mais à haute dose, de façon concentrée dans le temps, lors de voyages ou de séjours dans des lieux retirés et/ou pour des temps mis à part (déserts, monastères, rencontres de fraternité spirituelle ou temps forts chrétiens) entre 1 et 6 fois par an. Une occasion aussi parfois de faire le point sur sa vie, tout en se ressourçant. Retrouver du sens, du souffle et éventuellement se poser la question : est-ce que ce que je vis est vraiment ce à quoi je suis appelé(e), suis-je sur la bonne voie ? C'est pourquoi, il me semble, le phénomène des retraites spirituelles se développe depuis une trentaine d'années. 

En passant, je voudrais vous parler d'une belle initiative du Forum œcuménique des femmes chrétiennes européennes. Elles organisent cet été pour la deuxième fois, du 8 au 21 aout, à Hanovre, un "monastère éphémère" pour des femmes de toutes générations et de toutes origines. Un temps de retraite qui comprendra des temps de cheminement (pilgrimage), de cuisine, de travaux manuels, de jardinage, des ateliers, de la musique, des temps de silence, des temps de prière... Bref, un temps à vivre (sur 1 ou 2 semaines, au choix) de façon œcuménique et multiculturelle.
Pour plus d'information : http://popupmonastery.com/

Du monastère à l’Église de maison
(c) Joanna Linden-Montes pour le COE
La deuxième réponse, c'est au contraire de laisser plus de place à Dieu dans le quotidien, et de le faire de façon communautaire pour ne pas se laisser décourager. Cela passe comme je l'ai déjà dit par des groupes plus ou moins formels. Certains sont juste des "groupes de prière améliorés", des groupes de maison tournés vers l'édification ou des groupes de copains qui veulent s'aider mutuellement à rester fidèles à l'engagement qu'ils ont pris de vivre en chrétiens.

Les plus durables sont ceux qui élaborent explicitement une vision du mode de vie vers lequel ils veulent tendre, de la spiritualité sur laquelle ils s'appuient, de l'appel qu'ils ont collectivement reçu de Dieu. Certains établissent une règle, d'autres fixent un ensemble de pratiques ou listent des valeurs qu'ils veulent mettre en pratique. Cet engagement commun sert de gouvernail au groupe et donne la direction. D'autres s'engagent simplement sur un rythme de rencontres.
Certaines Fresh expressions se réfèrent à l'idée de nouveau monachisme (new monasticism), voir le témoignage (en anglais) de Marc Berry ou les différents exemples proposés par le site des Fresh expressions.

Il existe bien sûr des solutions qui mixent ces deux solutions, comme les fraternités appelant à une pratique spirituelle régulière (souvent individuelle) nourrie de rencontres communautaires régulières et de retraites (la Fraternité des veilleurs en est un exemple). Il existe aussi des communautés de vie, reconnues ou non par les institutions ecclésiales, mais celles-ci feront l'objet d'un autre billet...

Claire Sixt Gateuille

mercredi 17 décembre 2014

4e dimanche de l'Avent : réjouissons-nous !

Ce dimanche, l'ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture et de la peine de mort) nous invite à nous réjouir et à rendre grâces à Dieu. En effet, Le prêtre catholique Joseph Lu Genjun, emprisonné depuis 8 ans en Chine pour avoir refusé de rejoindre une organisation religieuse officielle et non reconnue par le Vatican, a été libéré cette année au mois d'août. Il était vicaire épiscopal du diocèse de Baoding lorsqu'il avait été arrêté en février 2006 et enfermé dans un lieu inconnu en isolement. Il n'avait jamais été jugé ni condamné.

Bravo à l'ACAT qui l'a soutenu et au dizaines de militants qui ont écrit régulièrement aux autorités pour demander sa libération et ont sensibilité l'opinion publique à son sujet. Que Dieu continue de susciter des serviteurs prêts à espérer contre toute espérance. 

Claire Sixt Gateuille

jeudi 11 décembre 2014

3e dimanche de l'Avent : Prier avec l'ACAT

Défenseurs des droits de l'homme au Bahreïn ; Naji Fateel est à droite (c) site de l'ACAT
Pour ce 3e dimanche de l'Avent qui arrive, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture et de la peine de mort (ACAT) nous appelle à prier pour M. Naji Fateel. 
Au Bahreïn, où il est un défenseur des droits de l'homme, il a été arrêté et torturé plusieurs fois. En mai 2013, il a été "soumis à plusieurs séances de torture durant trois jours : simulacres de noyade, décharges électriques, coups, suspensions, privation de sommeil... Il est par deux fois conduit à l'hôpital du ministères de l'Intérieur en raison des blessures causées par les sévices. Présenté au procureur le 4 mai, il est forcé de signer des aveux sans pouvoir les lire. Naji Fateel a montré au juge les traces des tortures sans que celui-ci en prenne note. En juillet 2013, il est condamné à 15 ans de prison. 
L'ACAT fait pression sur le gouvernement du Bahreïn pour exiger sa libération". 

Prions pour lui.

Claire Sixt Gateuille
Pour en savoir plus sur l'ACAT : http://www.acatfrance.fr/

vendredi 5 décembre 2014

En route vers 2017

2017 n'est pas seulement l'année où l’Église protestante unie devrait adopter sa nouvelle confession de foi et devenir encore plus une Église de témoins. C'est aussi les 500 ans de la Réforme : en 1517, Luther aurait affiché - il a en tous cas publié - ses 95 thèses sur la porte de l’Église de Wittemberg, lançant ainsi le mouvement qui se voulait réforme interne à l’Église et est devenu "la Réforme" avec l'apparition des Églises protestantes.

Densité des manifestations autour des 500 ans de la Réforme
Nous ne sommes pas les seuls à fêter 2017... Si l'on veut établir un schéma de la densité de manifestations autour de 2017, cela donne çà : des cercles concentriques de l'Allemagne au monde entier et du luthéranisme à l'inter-religieux. De nombreuses Églises se mobilisent, mais il est vrai que l’événement est surtout fêté en Europe. 

On peut dégager 3 axes principaux autour desquels s’orientent les manifestations, et selon les pays l’un ou l’autre axe seront privilégiés : 
- Histoire et patrimoine : quel apport de Luther et des luthériens dans la société hier et jusqu’à aujourd’hui ? 
- Actualisation : Quel message inspiré de Luther et de l’évangile pour aujourd’hui ? 
- Diaconie et social : quel salut incarné aujourd’hui ? De quelles libérations Dieu nous appelle-t-il à être ses agents ?

Quelques-uns des logos des festivités en 2017
Globalement, dans la plupart des Églises, on retrouve : 
- La production d’outils pédagogiques à destination des jeunes et des moins jeunes, 
- Un travail de recherche théologique, des séminaires, la traduction d’œuvres de Luther ou de « Du Conflit à la communion » (voir plus bas), 
- Des expositions, des performances artistiques, 
- Des activités jeunesses, 
- Des célébrations, œcuméniques et confessionnelles, et la production de matériel liturgique.   

Logo de l'assemblée de la FLM en 2017
La Fédération luthérienne mondiale travaille aussi à la préparation de 2017. Elle a adopté un thème valorisant le message du salut par grâce proclamé par Luther : « Libérés par la grâce de Dieu » et 3 sous-thèmes qui l’actualisent face aux grands défis contemporains : « Le salut – pas à vendre », « L’être humain – pas à vendre », « la création – pas à vendre ». Parmi les multiples initiatives mises en place à cette période, j’en retiens deux plus originales : un réseau des jeunes réformateurs qui a été lancé, permettant à 2 jeunes de chaque Eglise membre de la FLM de se rencontrer, parfois virtuellement, parfois physiquement, pour réfléchir ensemble à ce que signifie « être libérés par l’amour de Dieu pour changer le monde » entre 2014 et 2018 ; et une rencontre inter-religieuse sur les notions de réforme (dans un sens général) et de renouveau.

L’événement s’est aussi préparé en amont au niveau œcuménique, avec tout un processus de dialogue autour de la mémoire : les luthériens et les catholiques ont travaillé la lecture qu’ils faisaient de l’histoire de la Réforme, lecture marquée par leur appartenance confessionnelle, et ont fait un travail de réconciliation des mémoires et d’affirmation des avancées œcuméniques. Le résultat de ce travail est le texte « Du conflit à la communion » dont la version française vient de paraître aux éditions Olivétan

Pour finir, voici quelques initiatives qui m’ont paru originales, parmi celles dont j’ai eu écho (d’ici 3 ans, de nombreuses choses peuvent encore se faire) : 
Le Luthergarten à Wittemberg (500 arbres plantés d'ici 2017)
- Un opéra thématique (Danemark), 
- Une fête de l’ascension tournée autour de l’idée de la grâce et de sa place dans la culture et la théologie finlandaise, organisée dans chaque paroisse avec des animations en plein air (Finlande),
- L’installation d’une porte géante dans la plus grande Eglise du pays et l’affichage de thèses écrites par différents groupes des Eglises de tout le pays (Islande), 
- Une libraire numérique (Hongrie), 
- Des plantations d’arbres (Wittenberg, Indonésie), 
- Un site internet œcuménique où les gens peuvent partager leurs réactions à la lecture de « Du conflit à la communion » (Allemagne).

Claire Sixt Gateuille
 

jeudi 4 décembre 2014

2ème semaine de l'Avent, prière de l'ACAT

Journalist Solijon Abdurakhmanov

Ce dimanche, L'ACAT, action des chrétiens pour l'abolition de la torture et de la peine de mort, nous appelle à prier pour Solijon Abdurakhmanov, journaliste emprisonné en Ouzbékistan. L'état de santé de ce journaliste, placé à l'isolement depuis 6 ans, est très préoccupant. Il a été torturé durant sa détention et son état actuel serait en partie dû aux séquelles des sévices infligés à la prison dans laquelle il était précédemment détenu. Prions pour lui. 

vendredi 28 novembre 2014

Projet Khi

Hier, Andy Buckler, mon collègue chargé de l'évangélisation et de la formation a réuni quelques personnes autour de lui, dont moi, pour présenter des outils développés par une petite équipe de l’Église suisse du canton de Vaud autour de l'évangélisation et des nouvelles formes d’Église, dans le cadre du Projet Khi.

Il nous a en particulier présenté deux outils complémentaires, l'un pour découvrir son positionnement individuel (selon si j'ai une attente plus ou moins forte de communautaire, plus ou moins forte de spirituel, plus ou moins forte d'entre-soi, plus ou moins forte d'ouverture...) et l'autre pour identifier les points forts et les marges de progression de l'Eglise locale. 

Le premier outil s'appuie sur les travaux de la sociologue Grace Davie en matière d'attentes religieuses, mais surtout sur les 4 modèles d'évangélisation que Christian Grappe a dégagés de sa lecture du Nouveau Testament. Il nous a semblé surtout intéressant à utiliser avec un conseil presbytéral, en deux temps, l'un plus individuel et l'autre collectif. Il permet en effet aux personnes de commencer à prendre conscience de leur positionnement individuel (pas seulement le fait d'être "dans"l’Église, mais aussi ce qui les motive dans leur participation à l’Église), et donc du modèle missionnaire qui leur parle le plus. On peut ensuite lancer la discussion par rapport aux forces vives qui sont là : les membres du conseil ont-elles toutes le même type de profil ? On pourra avoir alors une paroisse avec une identité assumée, un profil affirmé, en particulier dans les grandes villes où l'offre ecclésiale est plurielle. Les membres du conseil ont-ils des positionnements très différents ? Alors comment exploiter la richesse de cette diversité ? Peut-on proposer des activités différentes, menées par les personnes qui se sentent bien dans tel ou tel positionnement, pour toucher autour d'elles des personnes qui auraient le même type d'attente ?

Le deuxième outil a été développé à partir des 8 facteurs de croissance de l’Église identifiés dans le rapport "From Anecdote to Evidence" sur la croissance de l’Église, mené dans le cadre de l’Église d'Angleterre. C'est un jeu de cartes à destination des Églises, qui permet d'interroger sur parmi les domaines de la vie d'Eglise qui sont facteurs de croissance, quels sont ceux dans lesquels notre communauté est dynamique et ceux sur lesquels il faudrait focaliser ses efforts. A la suite des échanges autour de ces cartes, le groupe remplit un schéma en forme de toile d'araignée qui visualise les forces et les marges de progression de l’Église locale.

Bref, deux outils qui pourraient être intéressants pour nos conseils presbytéraux et pour les groupes qui se forment dans notre Eglise autour d'envie de faire de l’évangélisation et d'être une Eglise de témoins.

Vous trouverez plus d'informations sur les nouvelles formes d'évangélisation dans un livre collectif édité par Jérome Cottin et Elisabeth Parmentier, à paraître chez Labor et Fides au premier trimestre 2015.

Claire Sixt Gateuille

mardi 25 novembre 2014

Avec l'ACAT, prier en route vers Noël

L'ACAT, Action des chrétiens pour l'abolition de la torture et de la peine de mort, a eu 40 ans cette année. Discrètement mais sûrement, cette association mobilise signataires et donateurs pour soutenir des personnes torturées, enfermées sans jugement ou victimes de procès iniques, mais aussi familles de disparus et condamnés à morts. Ce combat, sans cesse à reprendre, est essentiel. En effet, aujourd'hui, la torture est pratiquée dans un pays sur deux (pour en savoir plus, lire le rapport Un Monde tortionnaire de cette année).

D'où l'impression parfois que l'action de l'ACAT est une goutte d'eau dans l'océan. Mais comme le dit son délégué général, Etienne de Linarès, "une seule personne libérée ou que l’on cesse de torturer justifie tous nos efforts. J’y crois vraiment. Parce que si l’on se met à la place de cette personne, le gain est tellement gigantesque que cela balaie tous nos échecs." (à lire dans 40 portraits d'acteurs engagés, publiés à l'occasion des 40 ans sur le site de l'ACAT France et sur papier).

Je suis adhérente à l'ACAT depuis plus de 10 ans et j'apprécie beaucoup que depuis quelques années, l'association ne communique pas seulement les nouveaux cas pour lesquels nous devons nous mobiliser, mais aussi les réussites, les actions qui ont porté du fruit. C'est le cas cette année avec la croix de l'avent. Cette croix, distribuée dans les communautés chrétiennes, invite à prier pour des personnes condamnées à mort ou torturées. Mais pour la première fois, le 4e dimanche, nous serons invités à nous réjouir de la libération d'un détenu ! 

Voici la présentation de Duane Buck, pour qui nous pouvons prier en ce premier dimanche de l'avent qui arrive :

"Duane Buck a 51 ans, il est dans le couloir de la mort du Texas depuis 17 ans. Comme six autres Afro-Américains jugés à la même période dans le compté de Harris, il a été condamné à mort sur la base de l'expertise d'un psychologue assurant que les Noirs étaient, par nature, plus enclins à la récidive. Le 15 septembre 2011, la Cour suprême des Etats-Unis a suspendu son exécution reconnaissant que le procès avait été entaché de discrimination raciale. Mais si les six autres condamnés ont obtenu une commutation de leur peine, Duane Buck s'est vu refuser toute nouvelle audience de révision en novembre 2013.

L'ACAT Soutient Duan Buck. Il fait partie des condamnés à mort aux Etats-Unis soutenus par le réseau ACAT de correspondance. En janvier 2014, l'ACAT a lancé une pétition en sa faveur". 

Claire Sixt Gateuille

vendredi 14 novembre 2014

Philosophie politique et vision de l’œcuménisme

Dans son article « Les deux universalismes », tiré du livre Pluralisme et démocratie, le philosophe et professeur de sciences politiques Michael Walzer tire de sa lecture de la Bible hébraïque la conviction que celle-ci présente deux formes différentes d'universalisme. 

Le premier universalisme, que je qualifierais de centralisateur, est centré sur l'unicité : un seul Dieu, donc une seule loi, une seule conception de la justice et de la vie "bonne". Walzer l'appelle "l'universalisme de surplomb" car l'expérience du peuple choisi par Dieu y est décisive et le place symboliquement en surplomb par rapport aux autres ; elle est l'étalon de ce qui compte, le prisme à travers lequel évaluer toutes les autres expériences. La libération d'Egypte est alors la référence absolue, le pivot de l'histoire universelle, l'événement de salut non seulement pour le peuple hébreu, mais pour tous les autres peuples qui en bénéficient par contre-coup. De même, la loi juive est loi surplombante, exemple le plus haut de la morale à suivre et filtre pour évaluer la morale des autres peuples.

Cet universalisme a été ensuite adopté par le christianisme qui a fait de la résurrection de Jésus l'événement de salut pour tous les peuples et tous les temps. Il entraine une confiance - parfois excessive - de la part du peuple "élu" car il est lié à l'idée de triomphe, même si c'est le triomphe de Dieu qui est mis en avant. Cette vision de l'universalisme a également engendré l'idée de mission, en particulier dans sa coloration colonialiste, pour propager sa vision du salut et de la morale. 

A cet universalisme s'oppose "l'universalisme réitératif", également présent dans la Bible hébraïque, surtout chez certains prophètes qui considèrent que Dieu offre une expérience de libération particulière à chaque peuple (par exemple Amos 9.7b : "je vous ai fait sortir d'Egypte, mais j'ai aussi fait sortir les Philistins de Kaftor et les Syriens de Quir"). Cet universalisme n'est pas un relativisme (sinon il n'y aurait plus de dimension universelle mais seulement des situations particulières, alors qu'ici, Dieu et sa démarche de libération sont communs et représentent la dimension universelle). Il prend en compte la spécificité de l'histoire et de l'expérience de chaque peuple. La libération par Dieu est alors un événement exemplaire pour tous, mais celle d'Israël est le "pivot d'une histoire particulière seulement, qu'un autre peuple peut répéter [...] d'une façon qui lui soit propre" (p.88). Toutes les histoires, toutes les expériences ont alors une valeur. Dieu établit une alliance et offre une bénédiction spécifique à chaque nation. 

Michael Walzer (c) Ted Benson
Walzer transpose ensuite cette distinction entre les deux universalismes aux sciences politiques. Dans le premier cas, l'expérience du peuple dominant sera l'étalon pour évaluer l'expérience des autres peuples (j'apprécie les autres plus ou moins selon qu'ils me ressemblent plus ou moins, réagissent plus ou moins comme moi, etc.). Dans le deuxième cas, on choisira de défendre l'autodétermination, même dans les cas où l'on pense que les autres peuples font les mauvais choix (j'accepte que les autres aient une autre démarche que moi, une autre vision du bien, etc.), tout en restant en dialogue avec eux et en choisissant d'intervenir en cas de mise en danger de la vie de certains ou de leur liberté (forme d'ingérence). Cette deuxième attitude est un universalisme et non un relativisme car tous les peuples ont en commun de reconnaître la valeur de la démarche morale des autres, mêmes quand elle ne leur semble pas aussi bonne que la leur. Le dialogue permet aux peuples de s'interpeller réciproquement et est un autre moyen de ne pas tomber dans le relativisme.

Cet universalisme réitératif pose les questions "existe-t-il une éthique universelle ? Un seul ordre social juste ?". Walzer répond que l'on peut éventuellement fixer des principes universels, une "loi surplombante" mais que celle-ci est très abstraite, c'est une élaboration théorique. Or l'important pour les êtres humains n'est pas d'abord la théorie mais sa mise en œuvre concrète, en contexte. Or la justice, l'éthique, etc. sont des réalités qui dépendent de la mise en pratique de grands principes dans une culture et un contexte donnés. La justice est donc elle-même une réalité réitérée, c'est à dire qui s'incarne différemment dans chaque contexte. La justice et l'idée du bien dans une culture donnée sont toujours à retravailler car elles peuvent devenir obsolète ou inadéquate pour leur contexte. Du coup, "La réitération est une activité continuelle et exigeante". 

Cette vision de la science politique fait écho en moi à la démarche de contextualisation en théologie... et donc à la démarche des nouvelles formes d’Église (fresh expressions)... Je trouve cette idée d'universalisme réitératif très riche.

Mais il est également intéressant d'utiliser cette approche et ces deux conceptions de l'universalisme pour analyser la démarche œcuménique du Conseil Œcuménique des Églises (COE) : aux débuts de ce qu'on appelle le mouvement œcuménique, il y a le "rêve d'une Église unie" (expression de Marlin VanElderen dans Le COE, Aujourd'hui et demain, p.21). Certains ont interprété ce rêve comme l'idée que l’Église universelle devait s'incarner en une "super-Eglise" mondiale. Mais face à ce fantasme, les Églises ont affirmé fortement leur identité et leur logique propres, parfois au risque de donner l'impression d'un ralentissement de l'oecuménisme ou d'un affadissement du désir d'unité.

Aujourd'hui encore, les dialogues œcuméniques multilatéraux sont traversés par une tension (souvent féconde) entre deux visions de l'unité : l'une plus centralisatrice, cherchant des critères de discernement commun et souhaitant un ministère primatial personnel (même si c'est sous une forme collégiale et avec pour seul mandat de manifester et promouvoir l'unité, voir les points 56-57 du document l'Eglise, vers une vision commune), et l'autre basée sur la reconnaissance mutuelle des Églises. Au risque d'être caricatural, on pourrait dire que la démarche centralisatrice correspond, en terme de politique ecclésiale à un universalisme de surplomb dans l'approche de l'universalité de l’Église, et la démarche de reconnaissance mutuelle à un universalisme de réitération.

Comme en politique, si l'on choisit d'interpréter l'universalité de l’Église comme une universalité réitérative, le défi est de ne pas glisser de l'universalité réitérative au relativisme et à l'indifférence. D'où l'importance de poursuivre les dialogues engagés. Mais cette vision me semble prendre en compte de manière bien plus pertinente la dimension dynamique de la réalité des Églises, qui ne sont pas des réalités figées, et l'idée que la pluralité est une richesse (même si la pluralité peut aussi être valorisée en interne).
Claire Sixt Gateuille

vendredi 7 novembre 2014

Transhumanisme, être et développement des potentialités

Suite à un vœu du synode national de Lyon en 2013, l’Église protestante unie de France a fait paraitre un dossier sur le sujet du transhumanisme dans sa revue Information-Evangélisation de mai 2014. Mais notre Église n’est pas la seule à se pencher sur la question. La Conférence des Églises européennes (KEK) a édité en 2012 une brochure de près de 300 pages (en anglais), intitulée Human Enhancement (amélioration de l’être humain en Français), sur le sujet, abordant différents points de vue : celui des institutions, celui de la science et de la médecine, celui de l’éthique et de la théologie.

Cet été, j’ai eu la chance d’assister au synode des Eglises vaudoise et méthodiste d'Italie, où le texte « Ragioni e limiti del potenziamento umano ; Riflessioni sul ruolo sociale delle biotecnologie » de la commission de bioéthique commune aux Églises vaudoise, méthodiste et baptiste, a été présenté (en français, Raisons et limites de l’amélioration humaine ; réflexion sur le rôle social des biotechnologies). Ce texte en trois parties commence par présenter les différentes dimensions vers lesquelles se développe cette « amélioration », du traitement des maladies aux capacités mémorielles en passant par l’aspect esthétique et l’allongement de la durée de vie. Il présente ensuite les débats éthiques, philosophiques et anthropologiques qu’elle soulève et finit par donner quelques pistes théologiques, spirituelles et éthiques.

Voici les grandes idées de la 3e partie, qui me semble bien résumer les enjeux :
- La question du potenziamento umano interroge la théologie et en particulier la vision de l’être humain (anthropologie) dans une perspective chrétienne. Elle ne peut pas se traiter une fois pour toute avec des grands principes mais nécessite une attention constante au contexte et des réponses toujours circonstanciées. Elle demande une vigilance critique de la part des Églises et une réflexion éthico-philosophique capable d’offrir des éléments de sens, des critères d’analyse au croyant confronté à ces questions.

- La principale problématique concernant cette question au regard du christianisme est la place de la finitude dans la conception de la vie (imperfection, maladie, mort). L’imperfection et la finitude sont des marques de l’être humain, mais aussi de toute réalité créée (la création). Il faut donc distinguer entre le désir légitime d’une amélioration des conditions de vie et la recherche questionnable d’un idéale de perfection humaine.

- Offrir un meilleur bien-être, promouvoir la vie et la santé sur terre est intéressant et louable et les Églises ne devraient pas en avoir peur. Promouvoir un être humain qui serait pleinement « accompli » donc parfait, c’est au contraire offrir un autre salut, un nouveau sens à l’existence humaine, et les Églises doivent dénoncer l’ambiguïté de ce genre d’attitude.

- La foi chrétienne est elle-même proposition d’une amélioration de la vie humaine, non pas par des moyens techniques mais comme offre de vie en plénitude (la « vie éternelle »).

- La Bible propose une vision unifiée de l’être humain, et non pas une vision fractionnée entre corps, âme et esprit ni en différentes parties du corps, différentes capacités ou différentes sphères de relations. La Bible interpelle donc le transhumanisme au même titre que tout autre « mode d’être dans le monde ».

- Pour le christianisme, ce qui « améliore » l’être humain (le terme italien de potenziamento évoque l’épanouissement du potentiel), c’est l’œuvre de l’Esprit Saint. Celui-ci donne « puissance » aux disciples (voir le livre des Actes). Mais ce don se fait dans une double perspective : d’abord l’Esprit saint ne favorise pas les privilégiés, mais les défavorisés ; ensuite, ce don vise au bien commun. Cela interroge la tendance des nouvelles technologies à favoriser toujours ceux qui peuvent se les offrir, accroissant ainsi les inégalités. Mais aussi les priorités fixées en matière d’allocation de ressources à la recherche. Les prophètes de l’ancien testament se levaient déjà contre une gestion contestable des ressources disponibles, les Églises doivent critiquer la tendance (du transhumanisme et des politiques de financement de la recherche en général) à avantager les privilégiés et à nier aux autres l’opportunité d’en bénéficier.

- La créativité humaine est une bénédiction, elle est le signe que l’être humain est créé à l’image de Dieu. Mais elle doit se rappeler qu’elle est « créativité créée » et non « créativité originelle ». Aussi doit-elle prendre en compte l’aspect de finitude inhérente à toute vie créée. La mission de la théologie est donc d’interroger de façon critique les idéologies qui traversent le transhumanisme et la recherche dans ces domaines pour dénoncer le glissement de l’homo faber à l’homo fabricatus et la prétention à passer de créature créative à créature toute-puissante (que l’on retrouve dans la problématique du péché) et ses effets néfastes pour l’humanité.

- La volonté de s’améliorer doit toujours s’articuler avec la volonté de prendre conscience de ses propres contradictions (le texte fait ici référence au philosophe Michaël Sandel). La bénédiction ne peut se recevoir que dans ce cadre, cette tension (que Luther exprime autrement par « à la fois juste et pécheur » ou Calvin avec son 3e usage de la loi qui n’existe qu’articulé aux deux premiers, NdB). Les règles sociales, le débat public, le droit sont là pour apporter cette contradiction à la volonté de puissance et au rappel de la contingence. L’Église a un rôle à jouer pour apporter cette contradiction.



Pour l’anecdote – mais pas seulement – il est intéressant de voir les termes que les différentes langues ont choisis : l’anglais, avec son Human Enhancement, affirme clairement une amélioration, une augmentation, une valeur ajoutée ; l’italien, avec son potenziamento umano, qui évoque le renforcement, le développement et/ou l’amélioration de l’humain, lui emboite le pas. Le français, avec le terme de « transhumanisme », est beaucoup plus circonspect, même si certains lui préfèrent l’expression « humanité augmentée », calquée sur l’anglais et qui insiste sur l'humanité !


Claire Sixt Gateuille

jeudi 30 octobre 2014

On the path to becoming a church of witnesses

I share here an article my colleague and friend Andy Buckler wrote - it was published in last World Mission 62th Issue - about the way we train lay leaders and try to become a church of witnesses:
 
A tool to help express our faith (c) D. Cassou

"When the Lutheran and Reformed churches merged in 2013 to form the United Protestant Church of France, the celebratory events focused on the challenge of becoming a witnessing, mission minded church. This identity is not new of course - the call to proclaim the Gospel has always been part of our church DNA - but over the last few years there has been an increasing recognition that the creation of a new national church gives us a unique opportunity to refocus on our mission calling.

The call to be a 'church of witnesses' comes at a time when recent polls have shown that the majority of the French population no longer consider themselves to be Christian. As elsewhere in Europe, secularism has become the dominant political and social philosophy, but in France it takes a particularly antireligious form. 'Religion' is largely seen as a problem, and generations of Protestants have learnt to live their faith in discrete, private ways. This has enabled the church to survive, but has not served its overall witness to a life changing Gospel.

Becoming a 'church of witnesses' throws out a threefold challenge which we are beginning to meet through the training and equipping of lay members and leaders within the church. The first challenge is to enable our members to leave behind historic reticences and become active witnesses to Jesus Christ. We have significant advantages here: French Protestants are typically involved in the tissue of society and have many relational networks. The problem is not being involved, but daring to do it in fresh ways, bearing witness in deeds and words to our faith. To help this process, practical training days are being organized throughout France on the theme of witnessing.

The second challenge is that of helping local churches to become welcoming and missional communities. Many parishes are small, and with numerical decline comes a temptation to focus on survival in a hostile environment. It is hard for some local churches to maintain hope when for a number of years they have had no pastor, and they have few children or young people. And yet, there is a widespread desire to discover fresh ways of being church, ways that remain faithful to our historic identity and yet which reach out to this generation with the Gospel. Our key strategy here is to equip local church leaders, especially church council members, to understand their ministry in spiritual terms, and so to exercise collective visionary leadership.

The third challenge is to be creative in the way we articulate our faith, taking hold of the opportunities that God opens before us. One such opportunity is the 500 year anniversary of the Reformation in 2017. Rather than organizing historic commemorations, we are using this event as an opportunity to proclaim our faith in fresh ways. Under the title 'Protesting for God, Protesting for Man', we have launched this year a 4 year project encouraging members and parishes alike to proclaim key gospel themes in modern, everyday ways. Thousands of calendars have been distributed, offering reflection on a different theme each week, with local and regional events throughout France on 11th October 2014.

Little by little, our church is learning to live out its calling to be confident in the Gospel in old and new ways, witnessing to the hope we have received in Christ.

Andy Buckler,
executive secretary for evangelism and lay training of United Protestant Church of France." 

lundi 27 octobre 2014

De Saly à Dakar, suite et fin

Quelques mots sur les deux derniers jours de l'assemblée générale de la Cevaa : 

Mme la modératrice (c) CSG
Mardi 21, la discussion a porté le matin sur les finances, budgets et orientations. Une des grandes questions de la Cevaa est celle des "attributions", des sommes dédiées à chaque Église pour ses projets missionnaires, qui peuvent être gardés en réserve pendant 3 ans. Quand une Église utilise son attribution chaque année, pas de problème. Qu'elle veuille la cumuler sur trois ans pour un projet de plus grande ampleur, on peut le comprendre, même si ça complique un peu les comptes. Mais le problème, c'est que certaines Églises ne se servent jamais de cet argent, qui "dort" donc pendant 3 ans sur les comptes de la Cevaa, alors que ce n'est pas sa vocation, avant d'être reversé pour la vie communautaire. Aussi nous avons demandé, à la suite du conseil exécutif de la Cevaa que ce mode de fonctionnement soit revu pour la prochaine assemblée générale (cela nécessite une modification du règlement intérieur et doit donc être soumis aux Églises membres au moins 6 mois avant l'assemblée générale...) de façon à rendre le dispositif plus souple (par exemple pouvoir utiliser l'argent après 1 année si aucun projet missionnaire ne se dessine).

Lors de la présentation des finances, un graphique m'a marqué, celui de la répartition de la contribution des Églises. Celle des Églises de France représente plus de la moitié des contributions... Cela montre notre volonté de garder la mission - et en particulier "la mission de partout vers partout" selon le mot d'ordre de la Cevaa - comme une priorité pour nos Églises. Mais cela me questionne aussi quant à la stratégie des autres Églises, en particulier celles qui contribuent peu au niveau des contributions mais financent la Cevaa sur projets. Je comprends que ce qui motive les donateurs, ce sont les projets, mais choisir soi-même ce pour quoi on verse l'argent (alors que l'équipe de la Cevaa est là pour garantir qu'il est bien utilisé pour les projets déposés) est une façon d'exercer une forme de pouvoir... Je me retrouve là devant des problématiques que j'ai déjà rencontrées à la KEK (Conférences des Églises européennes) et ailleurs.

L'après-midi, nous avons élu les modératrice et vice-modératrice de la prochaine assemblée, Danielle Hauss Berthelin (Alsace) et Martine Lawson (Togo) et adopté la proposition du conseil exécutif d'attribuer l'argent de 2011 qui ne sera pas utilisé en 2014 dans les projets missionnaires (voir le paragraphe précédent) à la lutte contre l'épidémie à virus Ebola, en partie à travers la CETA et les conseils d’Églises des pays touchés, et en partie à travers les Églises membres de la Cevaa qui sont présentées dans les pays voisins à l'épidémie, pour leurs actions de prévention et d'information, mais aussi pour lutter contre la stigmatisation et les comportements irrationnels de rejet.

Pour finir j'ai présenté les messages de l'assemblée (aux Eglises membres, à la CETA [Conférence des Églises de toute l'Afrique) et à la VEM [mission évangélique unie, basée en Allemagne] qui nous avaient envoyé des salutations) au nom de la commission des messages. Des améliorations ont été proposées et les messages ont été adoptés. Celui aux Églises d'accueil a été écrit plus tard, Célestin (Kiki, le secrétaire général) avait oublié de nous en parler... Le message au Eglises membres est disponible sur le site de la Cevaa, ici.

Mercredi 22, le groupe de maison et quelques formalités, nous avons clôt l'assemblée générale et bouclé les valises. L'après-midi, nous avons quitté Saly pour Dakar où nous allions célébrer le culte de clôture (à l’Église protestante de Dieupeul) et reprendre l'avion pour rentrer chez nous.

(c) CSG
Le paysage sur la route entre Saly et Dakar était composé d'une succession de parcelles entourées de briques et de maisonnettes à moitié construites sur des km. On voyait peu de choses de la brousse entre les villages... Dans ceux-ci, des marchés et des gens qui patientent à l'ombre. Des courageux travaillent malgré les 35 degrés.

Des ânes, des chèvres naines, des moutons et des zébus vadrouillent, en ville comme en campagne. Et parfois traversent de façon impromptue. À chaque village ses ralentisseurs, autour desquels une foule de marchants se pressent pour vendre de quoi manger dans de petits sachets plastiques ; mais les cars climatisés ne les intéressent pas : les européens ne sont pas des clients potentiels...

De temps en temps, des mosquées, qui doivent pouvoir contenir au maximum trente personnes debout... On les reconnait à leur coupole sur le toit. Sur le terre-plein d'un échangeur routier à Dakar, un groupe d'une trentaine de jeunes s'entraîne à la lutte sénégalaise. Quelques images prises sur le vif qui resteront dans ma mémoire...

Claire Sixt Gateuille